commentaires de spectateurs
- Il sort parce que l'armoire est trop exiguë. L'archet cogne à droite puis à gauche ; le son laisse à désirer. Il n'est pas pratique d'y jouer du violoncelle, ça agace l'autre. L'autre il est habillé comme un souvenir, démarche à l'avenant. L'autre il s'excite sur une balle comme un chien, une casserole attachée à la queue (du chien).
Le mouvement s'emballe, lui tournicote la tête à l'autre, perte de contrôle, état de vacance cervicale, épilepsie, croisement de regard, stop. L'autre regarde il. Petite gène. Petite angoisse... Il s'accapare la balle, gesticule plus qu'à son heure ; regard bienveillant posé sur l'autre. Ça rassure les gens que l'on confère une idée de "déjà-vu" à leurs lubies...
- Reste la balle... Il s'est laissé abuser par un rebond pas prévu. Ça lui fait bien.
Il recommence... Il aime bien se relire les mêmes histoires. Il réitère...
- Ah non ! Il ne réitère pas, la balle a disparu.
- Ah tiens ! Elle réapparaît dans les mains de l'autre. Il suffit d'attendre, tout arrive. L'autre semble distrait vis-à-vis de il. Il et l'autre échangent quelques regards du coin de l'œil, se passe-passent des trajectoires saugrenues, se comprennent à demi-geste. Toute précision reste une approximation, l'oreille n'entend pas toujours la note.
Il a un air distrait. Remarque c'est parce qu'il joue, c'est un spectacle.
Remarque, il joue, il n'a pas l'air de s'amuser avec son violoncelle... Ah là, si !
- Non c'est une tierce mineure : la, do.
- Non je veux dire, on dirait qu'il s'amuse un peu, l'autre, c'est à cause de la balle, c'est connoté. C'est connoté une balle, ça rappelle à l'enfance, le jeu et tout le tralala.
Il joue sans avoir l'air de s'amuser.
- C'est facile de jouer sur la polysémie de jouer.
- Ça va pas du tout "polysémie" dans un texte de présentation de spectacle, ça fait prétentieux ; "polysémie" ça fait pas tout public...
Tiens, une valse, c'est tendance ! C'est léger. Une bonne distance entre Il et l'autre. Une danse à deux !? Là ils jouent mais pour de vrai ! Ca fait toujours bizarre de voir deux garçons danser ensemble, c'est l'époque, tout évolue. La musique est bancroche, la croche ne respecte pas le tempo, tant pis !
- Et ça, c'est quoi ?
- Un sol majeur...
- Non, le vieil instrument sur lequel ils jouent ?
- Un vieuloncelle, ils sont deux sur un vieuloncelle. C'est une partouze musicale... Toujours l'époque...
- Il fait chaud, j'ai les pieds qui transpirent. Forcément, dans un théâtre avec des chaussettes en synthétique... Tiens, ils jouent en chaussettes, elles doivent être en coton.
- Ah, il pleut...Le petit travers place au centre de sa recherche artistique la balle blanche et ronde… donc ouverte à une large palette de possibles.
Le discours jonglé emprunte de nouvelles voies de composition chorégraphique. Il est basé sur des concepts d'énergie, de tension, de syncopes rythmiques, d'inertie de la balle en mouvement.
Ce jonglage met en jeu l'intégralité du corps, devient une danse. Par un jeu de rythmes et de couleurs imprimés aux mouvements, les abstractions servant de fondations aux compositions, deviennent sensibles, prennent vie, attisent le plaisir de l'œil, de l'oreille ; elles se font évidentes et belles.
Une autre facette de ce travail porte sur la balle non jonglée, pensée comme accessoire de magie créant du merveilleux par la confusion et par l'incompréhension.
Elle est pensée comme troisième personnage, émancipé et teigneux.
La balle non jonglée veut ainsi disparaître, s'écraser, s'envoler, exploser, devenir comestible ; elle exacerbe la propension à l'obsession, nourrit les névroses des personnages et donne à l'action une teinte insolite, absurde, intime.