les choses
Le jonglage
Nous proposons un travail autour du jonglage comme point de départ d’une exploration scénique par laquelle nous cherchons à toucher à l’essentiel, c’est-à-dire à une certaine vérité corporelle, à un état de disponibilité aux choses et à l’autre.
Réinventer un jonglage expressif; un langage porteur d’ambiguïté, de déséquilibre, travailler à fonder des percepts, c’est-à-dire interroger directementla sensibilité.
Nous développons cette réflexion autour de cinq thèmes, à savoir : le jonglage, le trapèze, la composition, l’engagement physique et l’accident. Nous nous appliquons à débarrasser le jonglage de ses “codes” : aller à l’essentiel sans passer par une longue et inutile construction.
Il n’y a pas dans nos compostions de développements thématiques linéaires ni d’empilement par variations comme c’est souvent le cas dans le jonglage traditionnel et même moderne.
Il y a là un des traits majeurs de la modernité dans la manière de composer : procéder par rupture, répéter, affirmer plutôt que convaincre, élider, compresser.
Chaque instant du discours jonglé existe alors indépendamment du précédent et ne prépare pas de manière logique au suivant.
La composition ne trouve plus son sens dans une lecture causale mais dans une cohérence générale des impressions qu’elle produit. Nous voulons exposer une suite de “moments présents” dont la perception ne se fera pas par le biais de la mémoire du spectateur mais en imprégnant directement les sens, pour y laisser un chapelet d’impressions fugitives.
Notre jonglage se présente sous des formes solistes ou polyphoniques. Le jonglage polyphonique consiste en l’écriture de deux voix indépendantes possédant leurs existences propres mais qui prennent en permanence leur sens dans leur rapport de l’une à l’autre, créant, comme en musique, des attentes, des tensions, des résolutions, des retards, des ruptures.
D’une manière générale, nous avons essayé de faire découler notre jonglage de principes physiques de base : l’inertie, l’accélération d’une chute, la vitesse nulle d’un objet au sommet de sa trajectoire, l’énergie cinétique contenue dans un mouvement de rotation autour d’un axe, la conservation de l’énergie.
De là, nous avons défini plusieurs typologies liées :
— au mouvement (en fonction des formes, des axes, de leur aspect continu ou discontinu...)
— au jonglage en soi (toucher de balle, codage rythmique en site swap, symétrie...)
— à la prise d’espace (rôle des appuis, lancer dans ou en dehors de l’espace du corps , directions...).
Ces typologies permettent non seulement de créer une musicalité du jonglage, de poser des volontés, des partis pris puis de construire consciemment l’objet chorégraphique qui en découle mais aussi de nommer des sensations et donc de les transmettre (ce qui est une nécessité dans le travail à deux).
De ces idées découle la matière de base de notre projet composée avec ou sans objet. Nous cherchons à forger un jonglage de caractère qui dépasse les codes et les formes convenus ; travailler une matière riche en rythme, en couleur, en énergie, révélatrice de corporalité, de personnalité. Ciseler une écriture, mais être là à la dépasser constamment, explorer son organicité, sa musicalité.
Le trapèze
Nous utilisons cet agrès traditionnel du cirque comme un outil de développement chorégraphique. Il devient un moyen de transport des corps amenant une nouvelle dimension à notre danse, un investissement aérien de l'espace. Propulsion, envol, chute vertigineuse, suspension, prolongement et renversement des corps, il permet de modifier les repères de l'espace quotidien et de jouer avec la perception. Dans la relation à l'autre, sans cesse mise à l'épreuve, il est source de démesure de décalage, de plaisir et de jeu.
La composition
Pour nous, composer c’est donner un sens à une série de percepts, poser des volontés, construire une architecture, travailler l’écriture dans le détail et dans la globalité pour ensuite la pousser, chercher ses limites, en terme de risques, de tensions, cherchant à travers elles, un engagement véritable à être dans les choses.
L’engagement physique
Nous prenons le parti de porter, d’investir complètement les écritures, de ne pas rester en retrait derrière elles. L’engagement physique induit, requiert un état d’éveil, un “être-aux-aguets”.
Nous proposons l’engagement physique contre le mensonge, la perte de sens qu’engendre
la répétition d’une écriture pour s’offrir aux choses sans tricher.
L‘accident
L‘accident, il se produit quand l’écriture nous échappe, porteur de chaos, d’imprévu donc d’une certaine justesse, il sert la mise en tension et l’évolution dramaturgique. L’ouverture aux choses, un état de simplicité nous permettent d’organiser instinctivement ces ruptures.