Le jonglage
Tout notre travail actuel consiste à extraire, caractériser, et développer des règles, des constantes qui régissent les perceptions produites par la course d’une balle dans un espace donné ; le concept autour duquel s’organisent toutes ces perceptions, étant le point fixe, la sensation d’immobilité de l’objet au sommet de sa trajectoire qui semble fonder à elle seule, la singularité expressive du jonglage, comme l’attraction tonale fonde celle de la musique.
Toute démarche contemporaine tend à rapprocher son médium de ce que lui seul peut, de ses puissances propres, c’est dans ce sens que nous avançons. Réduire le sujet autant que faire se peut, devenir nature morte, que rien ne vienne distraire l’attention de l’essentiel,
le jonglage. Que nos compositions, sans sujet, ne tiennent que par la force de leur style, écartant toutes les séductions, le pittoresque,
la représentation, la narration, et, qu’au bout de l’humilité, tout soit immédiatement chargé.
Ainsi, nous considérerons le jonglage comme le traitement de points fixes successifs dans des repères spatiaux particuliers.
L’idée de beauté nous semblant floue, emprunte de subjectivité,
galvaudée, nous nous attacherons plutôt à celle de clarté, soucieux de dégager avec autant de précision que possible, l’intention particulière que porte chaque lancer particulier.
Nous avons exploré un territoire entre deux bornes :
La quantification
Dans les envois et dans les chutes, l’énergie ne suit pas une logique de pesanteur mais bien plutôt une circulation en ressorts, de déflagration en déflagration.
Le chemin est brisé, chaque brisure est traitée, dotée d’un temps (suspendu, sec...), d’attitudes (le corps est en relais-silence ou en relais-danse).
Chaque segment du parcours est brièvement libéré. Le temps est bref, le mouvement intense, le son claque.
C’est un jonglage de lignes et de surfaces.
La masse
Energie de réception, reprendre le poids, le redistribuer.
La circulation est élastique, à tension longue. C’est une errance horizontale à évènements verticaux. Le haut et le bas sont étirés, le monde est centrifuge.
Le vol est lyrique ou fonctionnel, l’aller-retour est la mécanique pour mettre du ciel dans la terre. Les tempos sont variables, les mouvements ivres.
C’est un jonglage de lignes et de volumes, de zones et de couches.