Le Collectif

L’activité du Collectif Petit Travers est principalement centrée sur la création et la diffusion de pièces de jonglage de grand format et la transmission pédagogique qui en découle.

Le Collectif Petit Travers a été fondé en 2003.

Depuis 2011, les directions artistiques sont impulsées conjointement par Nicolas Mathis et Julien Clément.

En 12 ans, six pièces ont vu le jour, totalisant plus de 1000 représentations à travers le monde (Angleterre, Allemagne, Italie, Danemark, Finlande, Suède, Hongrie, Espagne, Portugal, Cambodge, Laos, Thaïlande, Chine, Argentine, Chili, Israël, Turquie…).

Des rencontres et des collaborations se sont succédées avec de grands noms de la Danse (Maguy Marin, Pina Bausch, Josef Nadj), de la Musique (Pierre Jodlowski, Sébastien Daucé), du Cirque (Jérôme Thomas) ou du Théâtre, montrant ainsi la dynamique d’ouverture qui depuis le début travaille notre jonglage de l’intérieur pour créer un langage toujours plus vaste, toujours plus expressif.

Philosophie :

Chaque membre du collectif est porteur d’un savoir faire pointu et ouvert dans les domaines du cirque, de la composition musicale ou de la danse. Chacun se spécialise en s’ouvrant aux pratiques de l’autre. Le questionnement riche est celui qui convoque la pluralité des voix dans son avancée solitaire. Le travail demande le courage de la solitude, par notre regroupement en collectif nous essayons de peupler ces solitudes des expériences de chacun. Chaque discipline pénètre le territoire de l’autre de ses questionnements propres faisant ainsi de notre jonglage un domaine à part entière dans la nébuleuse du spectacle vivant.

Le vivant, c’est ce dont on ne finit jamais de faire le tour.

Répertoire :

2003 : Le Petit Travers
2005 : Le Parti Pris des Choses
2009 : Pan-Pot ou Modérément chantant / Ukiyo-e
2012 : Femelle
2013 : Les Beaux Orages Qui Nous Etaient Promis
2015 : NUIT
2016 : Dans les plis du paysage

Extrait de presse

  • Le collectif petit travers ou l’art du mélange

    Depuis Le petit travers (2003) jusqu’à Dans les plis du paysage, leur projet en cours, le collectif interroge les champs du musical, du chorégraphique et du théâtral. Un parti pris au risque assumé, voir revendiqué, d’une sorte de chaos inventif et contradictoire.

    Plus qu’une discipline ou une pratique, le jonglage est leur médium artistique. Un médium qui leur permet d’atteindre et d’explorer trois niveaux de sens et d’interventions, trois registres de travail et de représentation : musical, chorégraphique et théâtral.

    Depuis Le petit travers, leur pièce inaugurale créée en 2003 jusqu’à Dans les plis du paysage, leur projet en cours qui sera créée en septembre 2016 lors de la 17eme Biennale de la Danse de Lyon, le Collectif Petit Travers fondé en 2003 par Nicolas Mathis, Denis Fargeton, Céline Lapeyre et François Lebas puis rejoint en 2006 par Julien Clément, n’a eu de cesse d’interroger ces trois champs, les combinant et les juxtaposant sans relâche, à travers des partitions singulières et toujours renouvelées.

    Chemin de travers(e)…

    Si le collectif est aujourd’hui animé essentiellement par un duo, Nicolas Mathis et Julien Clément, tous deux à la fois interprètes jongleurs et metteurs en scène, c’est une identité composite qui le constitue et qui s’est forgée progressivement au fil du temps, des rencontres et des expériences. Ce qui frappe d’emblée en effet chez ce collectif et dans les pièces et performances à géométrie variable qu’il présente, c’est le mélange. Mélange des temporalités et des formats, des tonalités et des matières, croisements des parcours et des trajectoires, pluralité des approches et des esthétiques. En cela il est sans doute représentatif de l’époque contemporaine est d’un cirque postmoderne. Troisième volet d’une trilogie articulée autour de ce que le Collectif nomme « jonglage polyphonique », après Pan-pot ou modérément chantant (2009), et Les beaux orages qui nous étaient promis (2013), Dans les plis du paysage vient clore un cycle de recherche autour de la notion d’ »individu-paysage ». Au risque parfois -risque assumé et même revendiqué par les deux jeunes hommes- d’une sorte de chaos inventif et contradictoire, dans la forme comme dans le propos, entre légèreté et tragédie, fulgurances ludiques et méditations métaphysiques, trivialité de l’existence et envolées oniriques…
    Cela donne aux spectacles de la compagnie cet aspect étrange, à la fois séduisant et déconcertant, d’une demeure improbable, comme une auberge espagnole où cohabiteraient ensemble Rothko et Buster Keaton, Maguy Marin et Jean-Luc Godard, Samuel Beckett et Ligeti… De multiples influences et sources d’inspiration qui font écho aux diverses configurations qui caractérisent chacune des six pièces du collectif. Du bric-à-brac foutraque et quotidien dans lequel deux protagonistes tentent vaille que vaille de surnager au milieu de petites mais régulières catastrophes dans Le petit travers, à l’abstraction graphique et chorale qui unit sept jongleurs dans une chorégraphie millimétrée de lancers et de trajectoires rythmées par les sons du compositeur Pierre Jodlowski dans Les beaux orages qui nous étaient promis (2013), en passant par la petite forme ciselée d’une NUIT empreinte de magie et de mélancolie où trois jongleurs se croisent, se cherchent, s’esquivent et se défient à balles que veux-tu comme autant de corps insomniaques en proie aux désir et au manque.

    De la musique avant tout

    Les rythmes, les sons, le silence, les plages musicales et même la présence physique, palpable et incarnée des instruments de musique ont toujours été au cœur de la démarche aussi bien que de la matière artistique et de la personnalité des créations successives du collectif. Qu’il s’ agisse des personnages musiciens du petit travers, du grand piano à queue présent dans Pan-pot ou modérément chantant, ou de la traversée du répertoire baroque qui accompagne Le parti pris des choses (2004) le rapport de l’image et du son fait manifestement figure d’obsession dans chacun des spectacles. À cet égard, la collaboration avec le compositeur et musicien Pierre Jodlowski pour Les beaux orages qui nous étaient promis marque sans doutes un tournant important. Pour la première fois, un jonglage conçu comme une polyphonie rythmique se confronte à une création musicale en temps que telle.
    C’est sans doute dans cette pièce qu’ont été poussés le plus loin les dispositifs de la spatialisation du son de l’élaboration d’une « cartographie sonore » du plateau, par le biais de l’utilisation d’un cut-up musical consistant à prélever et à coller bout-à-bout des morceaux choisis dans le patrimoine musical pour générer du sens par le choc des esthétiques, des rythmes et des tonalités. Surtout, il s’agit là de travailler sur le rythme propre du jonglage en soulignant par le son ses temps « forts » (lancers, impulsions, points fixes) ou « faibles » (durée de la trajectoire, temps d’attente). Autant d’expérimentations à travers lesquelles le collectif a pu mettre au point une partition sonore conjointe à la partition visuelle du spectacle et conceptualiser son travail en fonction d’une appréhension pratique du rapport mouvant de l’image au son, une démarche qui constitue sa signature artistique la plus notable.
    C’est sans doute aussi à partir de ce travail-là -le mariage du son-image qui va donner naissance à une troisième instance, le mouvement, qui les relie l’un à l’autre- que le Collectif Petit Travers a pu développer et approfondir l’exploration de son dernier chantier qui est aussi l’argument central de sa prochaine création : « L’individu-paysage ».

    Jongleurs sous influences

    Co-imaginé par Julien Clément et Nicolas Mathis, formés au Cirque Plume pendant leur enfance, puis au Centre National des Arts du Cirque pour le premier et au Lido pour le second, Dans les plis du paysage creuse cette dimension et cette interrogation autour de la mise en situation du jongleur dans un environnement évolutif et agissant. Le « paysage » invoqué est en effet l’espace même du jonglage. Il s’agit d’un paysage scénographique et dramaturgique, un paysage qui ne serait plus un décor mais un horizon de magie et de jeu où les corps et les balles qui les relient apparaissent, se dispersent et dessinent des trajectoires et des schémas de circulation, de représentation, comme autant de métaphores des relations entre les êtres et le monde.
    Pour cette nouvelle pièce chorale qui met en scène sept jongleurs filles et garçons, la danse est ici envisagée comme une une transe, une forme de pulsation première, la scansion originelle du mouvement de la vie dont l’énergie se traduit par le martèlement et les vibrations de la batterie. Elle donne ainsi une assise terrienne au jonglage avec laquelle contraste la musique renaissance et les polyphonies vocales dont l’harmonie évoque a contrario le ciel. L’inscription du jongleur dans le paysage construit aussi du temps : Le temps d’un regard, d’un parcours, d’une représentation, transmis au public sous forme de sensation. Car le paysage est aussi le public dont la présence silencieuse n’en est pas moins essentiel à la construction de la forme théâtrale.

    Marc Moreigne

    Stradda 01•02•2016